En passant

Combative


J’aime prendre des photographies argentiques avec mon Yashica. Manipuler l’appareil, chercher l’angle, la lumière, le sujet, dans le désordre, ou dans cet ordre après tout, je suis comme je suis, chaotique.

J’aime voir le résultat. J’aime voir que j’ai réussi une photo.

Mais je ne supporte plus d’en faire. J’en suis presque à revendre mon matériel. Pourtant j’aime tellement mon appareil…

Pourquoi?

Mon compagnon réussi tout mieux que moi. Tout. Même le jardinage, mais je vous passe les détails. Je m’étais mise au polaroid, parce que j’en avais envie, et en me disant que lui n’en fera jamais, puisqu’il est passionné de son.

Mais, tête de linotte que je suis,  j’avais oublié qu’il était aussi passionné d’images. Il a acheté un appareil pro et a commencé à faire de super polaroids. Mon polaroid Land camera ayant des soucis et sentant déjà le blocage arriver face au très chouette travail de mon compagnon, je me suis dit, bon, je vais me lancer dans l’argentique, puisque j’étais tombée amoureuse de mon appareil actuel. il ne m’est pas venu à l’esprit que l’argentique le tenterai.

Grossière erreur. Résultat : en moins de deux ans, il a du matériel de pro : Mamiya, chambre Graflex, cellule, mini pied Manfrotto, spacers,  filtres en pagaille, outil de nettoyage, boite, sacoche. Il est si méthodique, qu’à force de travail, il sait, avant même d’utiliser la cellule, quel couple ouverture/vitesse utiliser. Il a des idées de cadrages géniaux, fait des photos de dingues.

Il a trouvé comment développer les pellicules à la maison, au caffenol, en testant et améliorant la recette selon les pellicules que nous utilisons alors que je ne suis pas fichue de développer une pellicule sans faire une erreur, même en ayant la fiche descriptive sous les yeux, rédigée par ses soins. La honte. Il scanne si proprement et à une vitesse défiant toute concurrence. Il sait utiliser Photoshop alors que je m’y perds.

Et puis, à quoi bon continuer à faire des photographies? Mes photos n’ont, à côté des siennes, aucun intérêt et font vraiment pâles figures.

Ça arrive à tout le monde de se sentir ébloui, voir aveuglé par la réussite des autres, surtout de ceux qui nous sont proches, et de perdre nos moyens et notre envie. J’admire tellement ce qu’il fait dans tout les domaines : musiques, créations sonores, photographie… Je crois que je suis jalouse. Oui, j’ai un problème d’ego, tout simple. Ayant toujours été comparé à mon frère (plus intelligent) et à ma sœur (plus souriante, plus gaie), j’ai ce viscéral besoin de me détacher des personnes qui m’entourent et d’être reconnue pour quelque chose que je fais bien. Mais cela ne fonctionne jamais, car je baisse les bras, en voyant la déception dans les yeux des personnes concernées. Ça se soigne parait-il.

Sauf que je ne sais pas apprendre seule la photographie argentique, je suis obligée de lui demander de l’aide, car j’oublie toujours un détail, quelque chose d’important sur Photoshop lors de la post prod’, ou par peur de me planter. Or je refuse. Je refuse de passer pour une imbécile. Je n’ai pas de logique. Je veux dire, j’ai la logique de l’âme, de l’instinct. J’ai une certaine réactivité, face à un problème, je suis capable de trouver quatre ou cinq solutions plus ou moins réalisables, dans la vraie vie.

Mais de logique concernant une appareil mécanique ou un programme numérique, point. Je ne sais pas réfléchir dans la logique avec un grand L : la Logique. Au bout de deux ans, je ne sais toujours pas calculer correctement les rapports ouverture/vitesse. Je ne comprends toujours pas le fonctionnement des calques sur Photoshop. Je suis dans l’incapacité, puisque je ne comprends pas le programme, de retenir les démarches à suivre pour faire la post prod’ de mes photos. Je ne comprends rien à ce qu’il m’explique. Et ça me frustre. Il parle, explique, me montre des exemples, qui une fois expliqués, se transforment en fumée blanche dans mon cerveau : j’ai déjà oublié. J’en pleure, de ne pas comprendre, de ne pas arriver à fixer les informations durablement. Il dit que c’est un programme complexe, mais qui permet de faire plein de choses, mais que je dois m’amuser avec. Comment peut-on s’amuser sur un truc pareil?!

Et le pire constat dans tout ça? C’est que si mon compagnon ne s’était pas mis à la photo, je n’en aurait jamais fait du tout, j’aurais abandonné très vite : je n’aurais rien compris seule, même en lisant des livres. Et il a beau me répeter « Practice makes perfect« , rien n’y fait. Je suis bloquée par son talent. Pourtant, j’avais tant de projets et d’envies de photos. J’ai d’ailleurs revendu tout ce qui avait trait à tout mes autres centres d’intérêt (création de bijoux, peinture…)  à l’époque, pour partager (enfin!) quelque chose avec lui. Mais ça n’a pas fonctionné. Il m’explique ses recherches pour comprendre telle ou telle chose, je n’y comprends rien. Il a me les répète encore et encore, rien n’y fait. je ne comprends, ni ne retiens rien.

Lorsque je lui dis tout ce que je vient d’écrire, je sens la déception dans sa voix. Et je crois que c’est ça le pire : lui demander de l’aide me fous en rogne, et voir sa déception me déchire le cœur et me ronge.

Je voudrais tellement l’impressionner, je ne fais au final que le décevoir. Et bien que consciente que tout ce que je viens d’énoncer (non sans difficulté, je vous l’avoue), sont des idées ridicules, je continuerai à les combattre, à mon rythme.

 

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2 réflexions sur “Combative

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